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Steve McQueen


Éditeur : Capricci Editions
ISBN numérique PDF: 9791023904963
ISBN numérique ePub: 9791023904956
Parution : 2023
Catégorisation : Livres numériques / Autre / Autre / Autre.

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***Ce produit est protégé en vertu des droits d'auteurs.




Description

Enfant, Steve McQueen s'imaginait en nouveau Humphrey Bogart. Le rêve de ce gosse du Missouri a été exaucé. Les Sept Mercenaires, La Grande Evasion, Bullitt ou Guet-apens ont fait de lui bien plus qu'une star. Il est devenu le king of Cool, icône virile et incarnation de l'individu roi américain. Son sang-froid recouvrait un caractère explosif, celui d'une graine de voyou passée par une maison de correction et les rangs des Marines. Terreur des plateaux, l'acteur-pilote était mû par des forces aussi puissantes que contradictoires. Elles l'ont poussé à poursuivre la gloire autant qu'à lui tourner le dos, comme un appel à toujours fuir ce qu'il était. Steve McQueen a multiplié les échappatoires jusqu'à sa mort prématurée, à 50 ans. En étant persuadé cette fois de s'en aller au ciel. Vincent Gautier est journaliste (Le Point Pop, Sofilm, Socialter). SOMMAIRE DETAILLE : 1. Missouri breaks A Slater, Missouri, ces 24 et 25 mars 2007 sont jours de fête. Dans cette bourgade du Midwest d'à peine 2 000 âmes, la population est doublée le temps d'un week-end pour célébrer un enfant du pays né 87 ans plus tôt. Certains sont même venus du Japon pour les « Steve McQueen Days ». Les habitants de Slater ont fini par faire la paix avec la star décédée. Car pendant très longtemps, McQueen n'a pas eu de mots assez durs pour évoquer ce trou paumé et ses habitants. Il n'a même pas répondu quand on l'a invité à célébrer le centenaire de la ville en 1978. Pour McQueen, Slater est un endroit à laisser derrière soi. Tout comme ses parents ont laissé derrière eux leur enfant. Son père, William, a mis les voiles six mois après sa venue au monde. Julian, sa mère, a d'autres priorités : dégotter des bouteilles et survivre aux coups de ses compagnons violents. Seul pôle de stabilité au milieu de cette enfance cabossée, la ferme du grand-oncle Claude. Elève médiocre vouant un culte à James Cagney et Humphrey Bogart, Steve y grandit en petit paysan. Cédant à son envie de rejoindre sa mère à Los Angeles et de fuir Slater, McQueen collectionne en Californie les mauvaises fréquentations et les délits à la petite semaine. Désemparée, Julian cède devant un juge et accepte d'envoyer son fils à Boys Republic, dernière case avant la prison. L'abandon de trop pour McQueen. La rancoeur contre sa mère sera tenace jusqu'à sa mort, en 1965. 2. Un Marine au Village Dans le Greenwich Village du début des années 1950, repaire des beatniks aux normes bien éloignées de l'Amérique d'Eisenhower, un blondinet a gagné le surnom de « desperado ». McQueen ne l'a pas usurpé. Torse nu au guidon de sa moto, le jeune homme erre au fond de cette cocotte-minute culturelle avec quelques dollars gagnés grâce à des combines minables, des petits boulots allant de la vente d'encyclopédies en porte-à-porte aux séances de pose pour des pulp magazines. Comment McQueen en est arrivé là ? Cette période new-yorkaise a en réalité commencé cinq ans plus tôt. Encore une fois, il voulait rejoindre sa mère. Encore une fois, il n'y a trouvé que déception. A la table d'un bar, deux marins profitent de l'adolescent influençable ayant soif d'aventure et le convainquent d'embarquer sur le SS Alpha. McQueen déchante rapidement, à mille lieues de l'épopée promise. Revenu sur le continent, McQueen ne peut rester en place. L'armée et les Marines, au sein desquels il se distingue par ses dérapages et ses actes de bravoure, sera l'éclaircie au milieu de ce chaos. Il tiendra ce ce rôle pendant trois ans, jusqu'à ce que cette rolling stone termine son périple à la case départ, New York. Une de ses (nombreuses) conquêtes lui conseille alors de passer une audition pour le très sélectif Neighborhood Playhouse de Sanford Meisner. 3. Esteban attend son argent Neile Adams va bientôt prendre l'avion pour New York quand elle reçoit un télégramme de La Havane le 3 octobre 1956. Il est signé d'un certain Esteban et commence par ces mots : « Je t'aime mon amour envoie moi de l'argent. » Le Esteban en question, c'est Steve McQueen, son petit ami depuis trois mois. Pendant qu'elle tournait à Hollywood, il s'est offert une virée à Cuba alors que l'île voit s'affronter le régime de Batista et les castristes ! Neile ne cèdera pas. Qui sait si McQueen refera surface une fois l'argent demandé en poche. Pendant que la jeune femme se forge une belle carrière sur la Côte Ouest, son compagnon fait un peu tout et n'importe quoi, loin du regard de sa douce et tendre. Les proches de Neile s'inquiètent de la voir amourachée de ce parasite dont les débuts au cinéma se font moyennant 19 dollars par jour dans Marqué par la haine. De ce film naîtra au moins une rivalité au long cours avec l'acteur principal, Paul Newman. Signe de son immaturité, voilà que McQueen en est encore à jouer aux lycéens à 28 ans dans The Blob ! Ce petit film de science-fiction est le bébé de Good News Productions, spécialisé dans les films religieux. Tous les jours, l'équipe du film finit sa prière par ces mots adressés au Seigneur : « Et délivre nous de Steve McQueen ! » Mais les techniciens prient aussi pour ce jeune homme si matérialiste et obsédé par l'idée de réussir. A la fin du tournage, le producteur Russ Doughten lui offre tout de même une Bible dans laquelle il a souligné un verset de l'Evangile selon Jean : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » 4. La loi de McQueen Steve McQueen pensait appuyer sur le frein. Son pied rebelle a donné un coup d'accélérateur. L'histoire de la minerve ceignant le cou de l'acteur à son retour à Los Angeles est aussi bête que cela. Avec Neile à ses côtés et au volant d'une Cadillac de location, c'est sciemment qu'il a terminé sa course dans une banque de Boston.Pour Tom McDermott, producteur d'Au nom de la loi avec Four Star Television, la minerve arborée par McQueen a valeur de tête d'équidé dissimulée sous les draps. Le message de sa vedette est clair : « Empêchez-moi de jouer dans Les Sept mercenaires et le tournage de la troisième saison de la série pourrait accuser de lourds retards. » C'est avec Au nom de la loi, western diffusé pour la première fois le 6 septembre 1958, que McQueen devient enfin une star... et consolide sa réputation d'emmerdeur de première sur les plateaux. La série est à la fois la clé pour accéder à la gloire et celle pour l'enfermer dans la prison de la télé. Pour s'en extraire, un homme va lui être d'une grande aide : John Sturges. D'abord en le faisant tourner avec Frank Sinatra dans La Proie des vautours. Puis en le choisissant comme l'un des Sept mercenaires pour une relecture des Sept samouraïs d'Akira Kurosawa façon Far West. Au Mexique, comprenant tout le parti qu'il peut tirer de ce film, il fait des pieds et des mains pour voler la vedette à Yul Brynner. Pari réussi. Deuxième bonne nouvelle : l'annulation d'Au nom de la loi à la fin de la troisième saison. Adieu Josh Randall, vive Steve McQueen ! 5. L'art de rouler son monde Steve McQueen profite de cette année 1964 pour goûter à sa notoriété mondiale. Le temps d'une tournée en Europe, il suscite l'hystérie partout où il passe. Mais est-ce vraiment ce qu'il souhaitait ? Son ambivalence par rapport à la « McQueenmania » est criante lors de son séjour à Paris, où il est pourchassé par les hordes de fans. Il en est même à se coller une fausse moustache pour être incognito sur les Champs-Elysées et retrouver un semblant de calme. Le subterfuge est presque trop efficace pour Steve. Il est une star de cinéma après tout, oui ou non ? Autant enlever le postiche... Ces doutes sur ses aspirations profondes sont le lot quotidien de McQueen après Les Sept mercenaires et une série de contre-performances au box-office. Il songe même à envoyer paître le cinéma pour devenir pilote à plein temps de la British Motor Corporation. John Sturges, encore une fois, se charge de le remettre en selle avec La Grande Evasion. La scène le faisant entrer dans la légende est tout un symbole : un saut en moto pour s'échapper d'un camp de prisonniers aux mains des Allemands. Peu importe si c'était le cascadeur Bud Ekins au guidon à ce moment-là, McQueen sait de toute façon gagner le respect des vrais pilotes, le seul qui vaille réellement à ses yeux. En septembre 1964, en RDA, McQueen est le porte-drapeau de l'équipe des Etats-Unis alignée pour les Six Jours internationaux d'Enduro, qui se termineront pour lui par un accident l'envoyant tête la première contre une pierre. Ce n'est pas le seul moyen qu'il a trouvé pour se fracasser le crâne : la cocaïne et l'acide, deux de ses innombrables maîtresses qu'il côtoie à chaque soirée passée au Whisky a Go Go, le club fondé par son ami Elmer Valentine. Oui, la célébrité n'a pas que des inconvénients après tout, doit reconnaître McQueen. 6. Le patriote et le rebelle L'avion vient d'atterrir à Los Angeles, Steve McQueen descend l'escalier. Après tant de temps passé à l'autre bout du monde, c'est plus fort que lui : il embrasse le sol. Jamais il n'aura connu un tournage aussi éprouvant que celui de La Cannonière du Yang-Tsé. Sur le papier, il devait passer neuf semaines entre Taïwan et Hong Kong. En réalité, sept mois se sont écoulés ! Faut-il voir le geste de McQueen comme le réflexe d'un patriote ou un simple signe de soulagement ? Avec La Canonnière, épopée de Robert Wise au propos résolument anti-impérialiste et qui lui vaudra sa seule nomination aux Oscars, il a tourné dans son film le plus politique. Dans ce domaine, McQueen, incarnation ultime de l'individualisme américain triomphant aux yeux du monde, est empêtré dans les contradictions et l'incohérence. Dans une même interview, il est capable de reprendre le discours du gouvernement justifiant la guerre au Vietnam et de tenir un discours anti-guerre virulent ! Malgré des vues peu révolutionnaires sur certains sujets (ne le lancez pas sur les impôts), la jeunesse et la contre-culture émergente le séduisent par leur méfiance des institutions et des autorités. Autorités qui tiennent McQueen à l'oeil d'ailleurs, comme le montrent les différentes dossiers du FBI le concernant depuis 1963, quand le Bureau s'inquiétait de sa possible venue à Washington pour marcher en faveur des droits civiques des Noirs américains. Il finira même sur la liste des ennemis de Richard Nixon, dont l'existence sera révélée en 1971. McQueen y figure en compagnie de Jane Fonda et de ce satané Paul Newman. 7. Ascensions et dérapages La musique de Lalo Shiffrin, les mouvements onctueux de la caméra de Peter Yates, les jeux typographiques avec les noms des acteurs… Dès les premières minutes et son générique de début, Bullitt respire le « cool ». Tant pis s'il faut s'accrocher pour comprendre tous les ressorts de la machination dans laquelle le lieutenant Frank Bullitt met le nez. Long-métrage avec des dialogues réduits à l'os et qui se déroule dans un faux rythme général étonnant pour un œil moderne, il élève McQueen au rang de mythe avec son col roulé, sa Ford Mustang et sa célèbre course-poursuite à 90 miles à l'heure dans les rues de San Francisco. En coulisses, McQueen est pris de la folie des grandeurs. Ses exigences deviennent ridicules comme cette table de billard portée par une grue pour qu'elle puisse prendre place dans l'appartement du 12e étage loué pendant le tournage. Il faudrait casser la fenêtre ? Dommage pour la fenêtre. Sortant d'un nouveau succès, L'Affaire Thomas Crown, l'acteur est comme cette table : il prend toute la place qui lui est nécessaire et peu importe les dégâts que cela peut causer autour de lui. Pour Bullitt, McQueen met en plus les mains dans le cambouis en étant aux manettes de la production avec sa société Solar, le tout pour le compte de la Warner. Les relations houleuses entre Solar et le studio sur Bullitt mèneront au divorce. La séparation semble également dans l'air entre Steve et sa femme. Venue lui faire une surprise à San Francisco, Neile tombe sur les preuves de son infidélité. Vu son pedigree, il eut été étonnant que Steve renonce à ne pas connaître davantage l'actrice qui lui donne la réplique, Jacqueline Bisset. 8. Cielo Drive attendra Jay Sebring n'a même pas 25 ans quand il ouvre son premier salon de coiffure en 1959, dont la porte est marquée d'un ankh rouge. Cet ancien de la Navy vise tout de suite une clientèle huppée : pas question de toucher aux cheveux pour moins de 25 dollars. En quelques années, les plus grandes stars s'arrachent ses services, tels Paul Newman ou Kirk Douglas. Et puis il y a bien sûr Steve McQueen. Les deux se lient d'amitié et se montrent partageurs, avec les femmes comme avec la cocaïne. Sebring dissimule ses sachets de poudre dans son nécessaire à coiffure, qu'il trimballe avec lui quand il vient coiffer Steve McQueen à domicile. Un jour d'août 1969, Sebring invite McQueen à venir le lendemain soir pour tenir compagnie à Sharon Tate, une de leurs anciennes conquêtes communes. Steve est partant mais le soir en question, il ne se rend pas à Cielo Drive. Peut-être une fille qui lui a fait tourner la tête en chemin. Peu importe, il a échappé au massacre perpétré par la « famille » de Charles Manson. Sebring, Tate et deux autres personnes ont été tuées. Les meurtres plongent Hollywood dans la stupeur et Steve dans la parano. D'abord, il faut effacer toute trace de ses liens avec Sebring et ses stupéfiants. Ensuite, il faut se préparer au pire. L'acteur figure dans la « hit list » de Manson, entre Elizabeth Taylor et Frank Sinatra. Est-ce parce que Solar a refusé un scénario envoyé par Manson ? McQueen se met à porter un flingue 24 heures sur 24 et fait de sa maison un bunker sous surveillance. 9. Auto-destruction Le revolver est dans la main, la main est celle de Steve, Steve met en joue Neile. Cette fois, McQueen a pour de bon perdu les pédales. S'il braque un flingue sur sa propre femme dans un château de la Sarthe, c'est pour lui faire avouer son infidélité et l'identité de l'amant. C'est l'hôpital qui se fout de la charité, mais Neile avoue. Oui, elle l'a trompé une fois, avec un acteur qui a gagné un Oscar, sans donner de nom (c'est sans doute Maximilien Schell). Complètement défoncé, McQueen déguerpit au volant de sa Porsche avant de revenir quelques heures plus tard, hébété et en quête de pardon. La scène est à l'image de tout le tournage du Mans : une catastrophe. Le projet est une obsession de McQueen depuis la tentative ratée de faire Day of the Champion avec John Sturges. Bloqué en Asie par La Cannonière du Yang-Tsé, il a vu John Frankenheimer et son Grand Prix prendre de l'avance. La Warner a préféré arrêter les frais plutôt que d'aller droit dans le mur. Cette nouvelle tentative vire au drame, culminant avec le pilote David Piper perdant sa jambe droite après un grave accident. Aucun scénario ne tient la route et John Sturges ne comprend pas la volonté de McQueen de faire du Mans un film quasi-documentaire. Le vétéran finit par claquer la porte et l'acteur embauche un yes man, Lee Katzin, pour arriver à un résultat potable. Le résultat, ce sera surtout la fin de Solar, la fin de sa relation avec John Sturges et 2 millions de dollars d'arriérés d'impôts à verser au fisc. A bout, Neile met un terme à quinze ans de mariage avec cet homme qui l'effraie et a été jusqu'à la pousser à avorter à Londres quand elle lui a annoncé une nouvelle grossesse. 10. La Belle et les Bêtes Tout réussi à Robert Evans avec la Paramount. Rosemary's Baby et Love Story ont fait de lui l'un des personnages les plus importants d'Hollywood. Le Parrain lui donne du fil à retordre et accapare tout son temps aux dépens de sa femme, Ali McGraw. Venu à Rome pour superviser le doublage italien du film de Coppola, Robert Evans confie être inquiet à son ami Alain Delon. Il craint qu'Ali ne soit tombé sous le charme de Steve McQueen, son partenaire dans Guet-Apens. « Ce n'est qu'une passade de tournage », tente de le rassurer Delon. La passade va durer. C'était couru d'avance. McGraw était déjà sortie les genoux tremblants du Radio City Music Hall, où elle avait assisté à une projection de Bullitt. Poser le premier regard sur lui, c'était comme voir leur futur commun avec netteté. Cette romance n'empêche pas Steve de s'envoler vers ses paradis artificiels habituels au Nouveau-Mexique. Qui va le lui reprocher ? Certainement pas le réalisateur Sam Peckinpah, incapable de tourner un plan sans s'en être jeté un ou deux derrière la cravate. L'amour entre Steve et Ali ne met pas non plus un couvercle sur son appétit sexuel. L'actrice l'entend s'envoyer en l'air dans la chambre à côté avant de faire comme si de rien n'était le lendemain matin. Ali McGraw, cette femme si cultivée de la côte Est, est ensorcelée par ce rustre buveur de Old Milwaukee. Robert Evans n'a que ses yeux pour pleurer quand le divorce d'avec Ali est prononcé en septembre 1972. 11. L'intranquille de Trancas Beach Les clients de The Old Place, un restaurant de grillades d'Agoura Hills, au nord de Malibu, sont habitués à voir le visage de célébrités comme Bob Dylan, Sam Peckinpah ou le couple Reagan. Ils ne le savent, mais l'un des serveurs officiant parfois est aussi une star. Cet homme bedonnant, à la barbe et aux cheveurs d'ermite, c'est Steve McQueen ? Absolument. Car cette fois, c'est décidé. McQueen en a fini avec le cinéma. Il veut vivre loin du tumulte hollywoodien. Les millions de dollars qu'il a touchés pour la Tour infernale sont suffisants pour couler des jours heureux jusqu'à sa mort. Il en a même balancé sa boîte aux lettres dans le Pacifique et c'est la station-service de Trancas Beach qui reçoit son courrier. En se rendant si inaccessible, McQueen en devient d'autant plus désirable. Accepteriez-vous de lire ce scénario M. McQueen ? Bien sûr, ce sera au minimum 50 000 dollars. Avec une constanceadmirable, il refuse tous les grands films du moment : Apocalypse Now, Vol au-dessus d'un nid de coucou, Rambo, Le Convoi de la peur. Il entend que sa femme Ali fasse la même chose, mais cette existence si tranquille ne lui convient pas. Peu importe les menaces de divorce, elle refera l'actrice pour Peckinpah et Le Convoi. A cause d'une clause dans son contrat avec la First Artists, même Steve est forcé de retrouver les plateaux de tournage. Bras d'honneur ou envie de voir de quel bois il est fait ? Pour honorer ses engagements, Steve jette son dévolu sur Un Ennemi du peuple, adapté d'une pièce d'Ibsen. Sûr du four qui l'attend, la Warner ne daigne même pas offrir au film une sortie digne de ce nom. 12. L'évangile de Steve Après avoir repris le chemin des plateaux pour Tom Horn, le voici qu'il s'intéresse à de nouveaux engins : les avions. Il veut en acheter un et apprendre à voler. Comme son père. Un jour, une annonce pour un PT Stearman jaune attire son attention. Il se met en quête d'un instructeur pour apprendre à voler. Sammy Mason, une légende de l'aviation et fervent croyant, fait l'affaire. Grâce à lui, il va côtoyer le ciel à plus d'un titre. Cette spiritualité cultivée sur le tard transforme l'homme longtemps si terre-à-terre et ne tenant pas en place. Même sa fidèle Old Milwaukee, qu'il aime siroter en regardant les avions décoller, n'a plus le même goût. Sa foi, c'est donc à Santa Paula qu'il l'a nourrie, petite ville tranquille de 20 000 habitants. Il s'y est installé avec Barbara Minty, sa nouvelle femme plus jeune que lui d'environ 25 ans. De la foi, Steve McQueen en a besoin pour supporter la douleur du cancer qui le ronge. Le tournage à Chicago de son ultime film, Le Chasseur, l'oblige à serrer les dents. Le visage qui a longtemps symbolisé la virilité la plus affirmée y apparaît prématurément vieilli. Actioner mélancolique et mollasson, ce film a des airs de tournée d'adieux. Vingt ans après Au nom de la loi, McQueen rejoue les « bounty hunters », une façon de boucler la boucle. Il a beau se démener pour la cacher, en fanfaronnant à la première du Chasseur, sa maladie finit par terminer en une du National Enquirer. Sans ce cancer, Steve aurait peut-être vécu dans cette sérénité évangélique pendant des décennies. Il aura même réussi à échapper à cela. 13. Le martyre de McQueen William D. Kelley l'assure : en 1964, alors qu'il avait 37 ans, on lui a diagnostiqué des tumeurs au foie et au pancréas avec quelques semaines à vivre. Il parvient pourtant à s'en sortir. C'est sa mère qui a trouvé la recette-miracle : elle a balancé à la poubelle la « junk food » et a nourri son fils de fruits, légumes, noix et graines. William D. Kelley consigne la bonne nouvelle dans un livre publié en 1967, One Answer to Cancer. Pour Barbara, McKelley a l'air d'un dingo qui dit être guidé par Jésus. Malgré ses réserves, elle respecte le choix de Steve de mettre sa vie entre les mains de Kelley. Fin juillet 1980, il se rend une nouvelle fois à l'hôpital de Cedars-Sinai pour examen. Alors qu'il est endormi, les médecins disent à Barbara que son mari va mourir. Dès le lendemain, Steve et Barbara conduisent en toute discrétion vers Rosarito Beach, au Mexique. A environ 20 miles au sud de Tijuana, c'est là que se trouve la Plaza Santa Maria, la clinique de Kelley. Le médecin profite-t-il de la célébrité de McQueen ? Ali McGraw le pense certainement quand elle entend à la radio un curieux message de remerciements de son ex-mari adressé au « magnifique peuple mexicain » qui laisse Kelley faire ce qu'il veut. Mais son traitement controversé ne suffit pas à réduire les énormes tumeurs donnant à McQueen des airs de femme enceinte. L'acteur ne survit pas à une opération de la dernière chance, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1980. A son pasteur, Steve McQueen avait dit ne pas craindre cette mort prochaine. Car, pour une fois, il savait très bien où il irait ensuite. Vincent Gautier est journaliste (Le Point Pop, Sofilm, Socialter).

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Livre papier 1 Prix : 11,99 $
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Steve McQueen

Éditeur : Capricci Editions
ISBN : 9791023904956
Parution : 2023